• ON AURAIT PU ÉVITER MATANE (1985)

    ON AURAIT PU ÉVITER MATANE                                        (1985)

     

    Par Yvan-M. Roy

    Le Soleil, 10 décembre 1985

     

    Dans la nuit du 3 décembre 1985, une barge remplie d’huile lourde s’est échouée à quelques centaines de mètres en face de la ville de Matane. Le navire de touage, propriété de la société Irving, chargé de transporter la cargaison de Montréal à Bathurst, au Nouveau-Brunswick a  perdu sa remorque d’une longueur de 92 mètres alors que la tempête faisait rage. Les vents soufflant par bourrasques atteignaient largement les cinquante nœuds (60 mph). Ballottée par les vents, la barge s’est délestée d’une partie des 34 000 barils de mazout qui constituaient la cargaison. Après rupture des amarres, le navire est entré au port de Matane pour se mettre à l’abri.

     

    Le récit de ce naufrage, transmis par la Presse canadienne et par les principaux médias le lendemain de la catastrophe écologique, laisse songeurs ceux qui observent de près l’activité maritime du Saint-Laurent. La question qu’ils se posent est la suivante : comment un tel type d’équipement, transportant une cargaison hautement polluante pour l’environnement, a-t-il pu se trouver dans cette partie du fleuve en cette période agitée de l’année?

     

    Le ministre fédéral des Transports établit des normes pour assurer la sécurité des opérations maritimes sur le Saint-Laurent. Les bâtiments canadiens qui y circulent doivent se soumettre aux normes de sécurité établies par le ministère. Le ministère des Transports aurait pu prévenir la catastrophe de Matane en limitant les opérations de ce type de transport à la période sécuritaire de l’année. Le témoignage de marins d’expérience était disponible; le ministère n’avait qu’à y faire appel (…).

     

    Il ressort de ces témoignages que les autorités gouvernementales et les armateurs concernés ont sous-estimé les dangers du fleuve. Il appartient aux tribunaux d’y constater l’insouciance ou la négligence.

     

    Les conséquences sont désastreuses. Les compagnies impliquées  et leurs assureurs perdent des millions. Le ministère des Transports est pointé du doigt parce qu’il n’a pas su assurer la sécurité des êtres vivants qui dépendent du fleuve. Des centaines d’oiseaux aquatiques, une zone de fraie du hareng et du caplan ainsi qu’une rivière à saumon sont attaqués.

     

    En 1979, la population de Lauzon avait pressenti une telle catastrophe. Les intervenants forcèrent l’abandon d’un projet méthanier. La sagesse de leurs interventions permet maintenant à la population de Matane de se consoler. La barge aurait pu être chargée de gaz naturel liquéfié. Toute la ville aurait alors pu y passer.


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